La torta d'Imotski est originaire d'Imotski, une ville de l'arrière-pays dalmate, au cœur d'un paysage de terrasses de pierre, de vignobles et d'amandiers. Appartenant à la famille des gâteaux aux noix, elle est traditionnellement associée aux fêtes et aux rites de passage en Dalmatie, mais les habitants la considèrent comme un mets à part, presque rituel. La Chambre de commerce croate et les organismes régionaux de protection du patrimoine la classent parmi les produits traditionnels protégés, appréciés tant pour leur recette que pour leur importance culturelle.
Historiquement, ce gâteau se transportait bien. Des notes d'archives, reprises dans des ouvrages culinaires régionaux, racontent comment, à la fin du XIXe siècle, la torta d'Imotski fut servie à l'empereur François-Joseph lors de sa visite, le dessus étant orné de petites couronnes d'amandes autour du treillis en son honneur. Les familles d'Imotski la préparent encore aujourd'hui pour les mariages, les fêtes onomastiques et les grandes occasions ; autrefois, recevoir une torta entière en cadeau était un signe de respect et d'affection.
Au premier abord, ce gâteau évoque une crostata aux amandes ou une tarte de style Linzer : un moule rond et peu profond, garni de pâte brisée, fourré d’un mélange de noix et orné d’un joli treillage. Les historiens de la gastronomie, en Croatie comme à l’étranger, notent que l’association de la pâte brisée et de la garniture aux amandes reflète probablement les influences vénitiennes et austro-hongroises qui se sont diffusées en Dalmatie. Son goût, cependant, l’ancre résolument dans la cuisine d’Imotski. La garniture est composée d’amandes locales, auxquelles s’ajoutent des zestes d’agrumes, de la cannelle, de la noix de muscade et une touche de liqueur de cerises au marasquin. De nombreuses recettes incorporent du prošek, un vin de dessert dalmate, à la pâte ou à la garniture, ce qui lui confère arôme et onctuosité.
Ce gâteau se distingue des génoises croates plus légères. Il ressemble davantage à un gâteau aux noix dense qui sèche lentement plutôt que de lever. Les recettes traditionnelles insistent sur la méthode de cuisson : une brève cuisson à feu vif, suivie d’une longue cuisson à température plus basse afin que la garniture aux amandes prenne délicatement sans sécher. La part présente une fine croûte tendre à la base, surmontée d’une épaisse couche d’amandes fines et humides, à mi-chemin entre la frangipane et le massepain. Le dessus se craquelle légèrement sous les bandes de pâte, chaque intersection étant marquée par des amandes pâles.
Cette version conserve l'essence des recettes classiques d'Imotski – pâte brisée au prošek, garniture riche en amandes aux agrumes et aux épices, et un ruban de marasquin – tout en adaptant la technique à un four domestique moderne. Les quantités respectent les proportions des recettes traditionnelles et professionnelles, avec de légères modifications pour plus de clarté et de régularité.
Pour de nombreux foyers, la torta d'Imotski n'est pas un dessert de tous les jours. Elle naît des moments de préparation minutieuse : on laisse reposer et étaler une pâte moelleuse parfumée au vin ; on blanchit et épluche les amandes pour la décoration ; on mélange la garniture pour qu'elle reste légère et compacte. Ce gâteau se découpe facilement, se transporte bien et garde sa saveur plusieurs jours, ce qui correspond à sa tradition de présent offert le long des chemins étroits reliant les villages pavés les uns aux autres. Sur une table moderne, il trouve naturellement sa place au centre d'une fête : servi en fines parts avec un vin de dessert, un café ou un petit verre de prošek, il relie discrètement une réunion contemporaine à la longue tradition des fêtes d'Imotski où ces mêmes saveurs étaient servies sur des nappes de dentelle blanche.