Expériences en pleine nature et faune sauvage au-delà du tourisme
L'environnement préservé du Bhoutan est un véritable trésor pour les amoureux de la nature, et sortir des sentiers battus permet de faire des rencontres que les circuits organisés ne proposent généralement pas. Voici un guide pour découvrir la nature sauvage du Bhoutan de manière responsable :
- Sanctuaire de faune de Bumdeling – Paradis des ornithologues : À l'extrême est, Bumdeling, dans le district de Trashiyangtse, est un sanctuaire isolé, surtout connu pour ses grues à cou noir, mais qui abrite également plus de 150 autres espèces d'oiseaux. Passez une journée d'hiver avec un garde forestier local à observer discrètement les grues dans les marais de Bumdeling (il installera une longue-vue – voir 50 grues imposantes d'un coup est un spectacle à couper le souffle). Au printemps, faites une promenade matinale le long de la rivière Kholong Chu : vous pourriez apercevoir le rare héron à ventre blanc (en danger critique d'extinction, il n'en reste que quelques dizaines dans le monde) qui se nourrit occasionnellement dans les rivières de Trashiyangtse – une observation de rêve pour les ornithologues. Même si vous n'êtes pas un ornithologue passionné, la simple magie de marcher dans la brume matinale, d'écouter une symphonie de gazouillis et de cris, vaut le détour. Le garde forestier peut imiter certains chants d'oiseaux pour les attirer – un spectacle amusant. N'hésitez pas non plus à vous renseigner sur les papillons : l'été à Bumdeling, des nuées de papillons envahissent le jardin. Les villageois surnomment parfois avec humour une vallée le « dzong aux papillons » en raison de leur nombre impressionnant. Les photographes peuvent y immortaliser des espèces comme la Gloire du Bhoutan voletant autour des rhododendrons – un cliché très prisé.
- Sanctuaire de faune de Sakteng – Le territoire du Yéti : Les hauts plateaux de l'est (Merak-Sakteng) offrent non seulement une culture riche, mais aussi une nature exceptionnelle. Ce sanctuaire est réputé pour protéger l'habitat du Migoi (le yéti du Bhoutan). Même si vous n'avez probablement aucune chance d'en apercevoir un (si cela arrive, vous entrerez dans la légende !), vous pourrez observer une faune abondante. Partez en randonnée guidée en forêt depuis le village de Sakteng : ouvrez l'œil pour apercevoir des pandas roux grimpant aux arbres couverts de mousse – ils sont rares, mais les habitants les observent parfois à l'aube ou au crépuscule près des cours d'eau, se nourrissant de pousses de bambou. Avec un peu de chance, vous pourrez même apercevoir un ours noir de l'Himalaya ou le takin, animal national du Bhoutan, dans des clairières éloignées. Même sans grands mammifères, la forêt est enchanteresse – drapée de lichen, elle se pare de champignons multicolores après la pluie. Tendez l'oreille pour entendre le cri des calaos ; quelques calaos à cou roux peuplent ces bois et leurs cris profonds résonnent comme des tambours. En explorant ce sanctuaire avec un villageois Brokpa ou un garde forestier, vous découvrirez aussi les légendes du yéti autour d'un feu de camp : comment leurs grands-parents ont trouvé des empreintes mystérieuses ou entendu des sifflements étranges la nuit. C'est à la fois une randonnée en pleine nature et un voyage au cœur du folklore, une expérience unique et enrichissante.
- Parc national de Jigme Dorji – Safari hors des sentiers battus : S'étendant des zones alpines aux régions subtropicales, le parc national de Jahan (JDNP) est le joyau du Bhoutan. La plupart des touristes l'aperçoivent depuis la route ou lors du trek du Bonhomme de neige. Mais une façon originale de le découvrir est de partir de Gasa. Demandez une promenade en forêt avec un garde forestier près de Gasa : ils connaissent des sentiers cachés où vous pourrez observer des troupeaux de takins en liberté (les takins sauvages sont bien plus agiles et rapides que ceux en captivité près de Thimphu). À l'aube, ils descendent souvent près des sources chaudes ou de certaines salines. Le garde forestier peut vous emmener à un observatoire près d'une de ces salines ; en attendant patiemment, vous pourrez apercevoir non seulement des takins, mais aussi peut-être des muntjacs ou une troupe de langurs gris en quête de nourriture. Au printemps, les hauteurs du JDNP se parent de plus de 40 espèces de rhododendrons ; si vous partez en randonnée, imaginez camper dans une vallée inondée de fleurs rouges, roses et blanches. Une autre aventure : le camp de safari de Manaslu, situé dans le bas du parc national de Jasmin (accessible depuis Punakha), où, sur réservation, vous pouvez faire une randonnée d'une journée et parfois croiser des buffles semi-sauvages, voire un éléphant égaré du parc royal de Manaslu. Si le Bhoutan ne propose pas de safaris en jeep comme en Afrique, la randonnée sollicite tous les sens : humer l'odeur des aiguilles de pin froissées, entendre le brame lointain d'un cerf sambar. Une expérience authentique et intense.
- Sites de faune sauvage rares : Si vous avez des intérêts très spécifiques (par exemple, l'herpétologie ou l'entomologie), le Bhoutan offre des opportunités intéressantes : les zones humides d'Airtsho, dans le district de Zhemgang, abritent des libellules rares et des amphibiens comme le triton de l'Himalaya. Vous pourriez, si votre emploi du temps le permet, rejoindre une équipe de recherche de l'UWICER (centre de recherche) et participer à des relevés nocturnes. Si vous êtes passionné par les félins, sachez que le parc national royal de Manas (centre-sud) propose un programme de tourisme communautaire où les villageois organisent des treks de plusieurs jours dans la jungle. L'observation de langurs dorés est garantie, et il arrive d'apercevoir des empreintes de tigres (ces félins étant très discrets). Ces expériences, hors des sentiers battus, nécessitent des démarches administratives supplémentaires (permis, guide), mais peuvent être organisées par un opérateur motivé en collaboration avec le WWF ou les services du parc.
- La conservation en action : Une expérience enrichissante au cœur de la nature consiste à consacrer une journée de bénévolat à un projet de conservation. Renseignez-vous auprès des organismes proposant des plantations d'arbres ou des programmes de suivi de la faune sauvage : ils accueillent souvent des touristes ! Par exemple, participez à une journée avec le Comité de conservation de Phobjikha pour débroussailler les zones d'alimentation des grues (vous travaillerez aux côtés d'étudiants locaux – un formidable échange culturel au service de la nature). Vous pouvez aussi visiter la station de réintroduction des takins à Thorimshing, dans le district de Bumthang (où les takins sauvés sont acclimatés avant d'être relâchés – un lieu encore méconnu). En vous impliquant de cette manière, vous découvrirez les coulisses du bhoutan et contribuerez, même modestement, à la protection de l'environnement, un élément central de la philosophie du Bonheur National Brut (BNB).
Lors de toutes ces expériences, respectez la faune sauvage : utilisez des jumelles et des téléobjectifs plutôt que d'approcher les animaux, limitez le bruit et suivez les conseils des gardes du parc. Les animaux du Bhoutan ne sont pas habitués aux hordes de touristes ; ils vivent avec une faible crainte de l'homme. C'est un équilibre précieux à préserver. Si vous avez la chance d'apercevoir l'empreinte d'un tigre sauvage ou d'observer une ourse noire et son petit à distance de sécurité, vous assistez à un spectacle rare. Savourez-le en silence, prenez une photo si vous le pouvez sans être dérangé, et surtout, laissez-vous émerveiller. Au Bhoutan, la nature sauvage et la spiritualité s'entremêlent souvent – vous le ressentirez sans doute lors de ces excursions hors des sentiers battus. Comme me l'a dit un jour un garde local lorsque nous avons enfin aperçu une grue à cou noir après des heures d'attente : « Tashi Delek – c'est un signe de bon augure. » En effet, dans la nature bhoutanaise, la patience et le respect sont souvent récompensés.

